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Le rap gabonais s’enferme dans les diss, la Ntcham s’impose partout
Le clash entre Delpega et Rodzeng fait actuellement vibrer les réseaux sociaux gabonais. Diss, attaques personnelles, accusations de proximité avec le pouvoir politique, réponses musicales : tout y est. Après Jalousie de Rodzeng, Delpega a répliqué avec un morceau mêlant rap et sonorités Ntcham, relançant au passage le débat autour du “Kounabelisme”, ce terme utilisé pour désigner des artistes accusés d’être devenus trop proches du régime.
Le nom de MC Bright s’est également invité dans la bataille après la sortie de son titre Balance, dans lequel il répondait aux déclarations de Rodzeng au sujet d’un emploi à l’Oprag qu’il aurait obtenu grâce au président de la République.
Mais au-delà du clash lui-même, cette séquence met surtout en lumière une réalité devenue difficile à ignorer : aujourd’hui, le rap gabonais semble n’exister que par les polémiques.
Pendant quelques jours, les réseaux sociaux s’enflamment, les fans choisissent leur camp, les punchlines circulent et les vues montent. Puis plus rien. Pas d’albums majeurs, peu de concerts d’envergure, peu de projets capables de marquer durablement le public ou de faire rayonner le mouvement à l’international.
Le rap gabonais paraît enfermé dans une logique de confrontation permanente où le buzz a remplacé la construction artistique. Là où autrefois des artistes comme Ba’Ponga, Kôba ou Lord Ekomy Ndong imposaient une identité forte grâce à des albums, des concepts et une vraie direction musicale, la scène actuelle donne souvent l’impression de survivre uniquement grâce aux clashs.
Même les grandes tensions médiatiques passées, comme le clash entre rappeurs gabonais et ivoiriens porté par Marless et M.O.R, avaient déjà montré cette difficulté du mouvement à transformer le buzz en véritable dynamique culturelle durable.
À l’inverse, la Ntcham apparaît aujourd’hui comme le moteur le plus vivant de la musique gabonaise. Pendant que le rap se perd dans les querelles d’ego, les artistes Ntcham multiplient les projets, les spectacles, les collaborations et les contenus viraux.
Des artistes comme L’Oiseau Rare, Dementos et plusieurs figures de cette nouvelle génération ont compris une chose essentielle : la visibilité ne se construit pas uniquement dans les clashs, mais dans la régularité, l’énergie et la proximité avec le public.
La Ntcham occupe les quartiers, les boîtes, TikTok, YouTube et les scènes locales. Elle crée des tendances, impose des danses, développe une identité populaire forte et donne surtout l’impression d’un mouvement en pleine expansion.
Le contraste est brutal : pendant que le rap gabonais débat de crédibilité “street” et de proximité politique, la Ntcham avance, produit, occupe le terrain et attire la jeunesse.
Finalement, le véritable rapport de force musical au Gabon n’est peut-être plus entre rappeurs rivaux, mais entre un rap devenu dépendant des clashs pour exister et une Ntcham qui, elle, construit progressivement une véritable industrie culturelle populaire.
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